Les médicaments que nous consommons ne disparaissent pas complètement après usage. Ces substances, une fois consommées, suivent un parcours qui les mène jusqu’aux rivières et nappes phréatiques, posant des questions importantes pour l’environnement et la santé.
Comment les médicaments contaminent-ils les eaux ?
Si la consommation de médicaments baisse en France, certaines familles de médicaments restent très utilisées, comme les antidépresseurs ou les antibiotiques. La France est d’ailleurs le 4e plus gros consommateur d’antibiotiques en Europe, derrière la Grèce, la Roumanie et la Bulgarie.
Une fois ingérés par les patients, les médicaments sont en partie éliminés dans les urines et les selles. Ils passent alors dans les eaux usées, que ce soit à la maison ou dans des établissements de soins. Or, les stations d’épuration ne sont pas conçues pour filtrer ces substances. Elles en retiennent une partie, mais en rejettent encore beaucoup dans l’environnement.
L’industrie pharmaceutique peut aussi, dans certains cas, être à l’origine de rejets. Cela peut se produire lors d’un incident de production, ou lorsque les méthodes de traitement de l’eau ne sont pas suffisamment efficaces.
Quelle contamination des rivières, lacs et nappes phréatiques ?
Entre 2019 et 2021, huit médicaments ont été régulièrement détectés dans les rivières et les lacs de France métropolitaine. Certains sont présents dans plus d’un quart des échantillons analysés :
- la carbamazépine, un médicament utilisé contre l’épilepsie et la dépression ;
- le sulfaméthoxazole, un antibiotique ;
- le diclofénac et l’ibuprofène, deux anti-inflammatoires.
On retrouve ensuite d’autres médicaments, comme des anti-inflammatoires, des antibiotiques ou un œstrogène utilisé comme contraceptif.
Médicaments quantifiés dans les cours d’eau et plans d’eau de 2019 à 2021
Analyses quantifiées en %
Classement des substances par ordre décroissant de fréquence de détection :
- Carbamazépine : détectée dans environ 55 % des analyses
- Sulfaméthoxazole : environ 45 %
- Diclofénac : environ 40 %
- Ibuprofène : autour de 30 %
- Aténolol : proche de 20 %
- Clarithromycine : autour de 15 %
- Métoprolol : environ 12 %
- Estrone : environ 7 %
Note : le classement concerne les substances surveillées de 1 à 3 ans dans les 6 bassins hydrographiques de la France métropolitaines. Une substance est dite « quantifiée » lorsque la méthode d’analyse permet d’en mesurer la concentration avec une faible incertitude.
Champ : cours d’eau et plans d’eau.
Source : Eaufrance, base de données Naïades. Traitements : SDES, 2024
Les nappes souterraines sont elles aussi concernées. Quinze résidus y ont été identifiés, mais de façon moins fréquente. Deux substances sont détectées dans plus de 10 % des analyses : la carbamazépine, déjà citée, et la caféine, provenant plus probablement d’une consommation de produits comme le café ou de boissons avec de la caféine que d’un médicament.
Quels sont les impacts sur l’environnement et la santé humaine ?
Ces résidus médicamenteux sont présents en quantités infimes dans l’eau, de l’ordre du nanogramme par litre (soit mille fois moins qu’un milligramme par litre). Pourtant, ils restent très puissants. Comme ils ont été conçus pour agir sur le vivant, ils continuent d’avoir des effets sur les animaux aquatiques. Ces substances s’accumulent dans les organismes et perturbent la reproduction des poissons, oiseaux et mammifères marins. Elles peuvent aussi modifier leur comportement. Par exemple, la forte baisse du nombre de vautours dans certaines régions a été liée à la présence dans leur corps de diclofénac, un anti-inflammatoire.
Chez l’humain, les effets d’une exposition régulière à ces résidus, par l’eau potable ou les aliments, ne sont pas encore bien connus. Un danger est cependant déjà identifié : les antibiotiques rejetés dans l’environnement favorisent l’apparition de bactéries résistantes aux traitements, ce qui constitue une préoccupation majeure pour la santé publique dans le monde entier (source : SDES ).
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