Dans la forêt de Puéchabon dans l’Hérault, les chercheurs du Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive mènent des expériences pour comprendre la réaction des arbres face aux effets du changement climatique. Quelles sont les conséquences de la diminution des pluies en été, des sécheresses et des canicules sur les forêts françaises ? Comment les arbres peuvent-ils s’adapter ? Interview de Jean-Marc Limousin, chargé de recherches au Centre national de la recherche scientifique de Montpellier et responsable scientifique du site expérimental de Puéchabon.
En quoi consistent les expériences menées dans la forêt de Puéchabon ?
Jean-Marc Limousin (JLM) : L’objectif de ces expériences est de simuler un climat futur dans lequel il y aura moins de pluies. En 2003, nous avons installé des gouttières dans la forêt de Puéchabon de manière à recouvrir un tiers de la surface du sol. Cela a réduit la quantité de pluie reçue par les plantes. La principale réaction des arbres a été de faire moins de feuilles. Cela veut dire qu’ils arrivent à s’adapter : lorsqu’ils ont moins de feuilles, ils transpirent moins et parviennent davantage à économiser l’eau. Cette stratégie les rend plus tolérants aux sécheresses modérées mais, en contrepartie, ils sont aussi en moins bonne santé.
La chaleur et la sécheresse sont des conditions stressantes pour la végétation, qui a besoin d’eau pour vivre. Mais les arbres peuvent mettre longtemps à mourir. Dans un premier temps, ils dépérissent : leur santé se détériore, ils font moins de photosynthèse, poussent moins vite et perdent des feuilles ou des branches.
Pourquoi est-ce important de suivre l’évolution des forêts face au changement climatique ?
JML : Les arbres sont des organismes qui vivent longtemps : plusieurs décennies, ou des centaines d’années. Avec l’accélération du changement climatique, ils doivent s’adapter à un climat bien différent de celui qu’ils ont connu dans leur jeunesse ou celui qu’a connu leurs parents.
Depuis plus de vingt-cinq ans, nous mesurons en continu les échanges de CO₂ (dioxyde de carbone) entre la forêt de Puéchabon et l’atmosphère. En effet, les forêts absorbent du dioxyde de carbone par la photosynthèse, mais réémettent aussi une part de ce CO₂ dans l’atmosphère en respirant et via la décomposition de matières organiques.
Ces dernières années, la forêt de Puéchabon s’est affaiblie : elle fait moins de photosynthèse et absorbe donc de moins en moins de carbone. En 2022 et 2023, elle a même émis plus de CO₂ qu’elle n’en a absorbé. Ces 2 années ont été particulièrement stressantes pour les forêts, car nous avons cumulé de très fortes sécheresses et des canicules importantes. Après un épisode de stress, les arbres restent affaiblis et peuvent mettre du temps à récupérer.
Que peut-on faire pour aider les forêts à affronter la sécheresse ?
JML : Une solution pour aider les forêts à s’adapter est de couper certains arbres pour en favoriser d’autres. Les arbres restants peuvent développer leurs racines et ont accès à davantage d’eau, car il y a moins de compétition. C’est ce que l’on appelle la gestion par éclaircie. Cette technique est efficace, à condition que le sol ne soit pas complètement sec.
En effet, les stratégies d’adaptation des forêts ne leur donnent pas de super pouvoir. En cas de sécheresse extrême ou de canicule sévère, les arbres vont dépérir, quelle que soit la gestion pratiquée. Mais nos expériences montrent qu’ils peuvent s’adapter et résister à des sécheresses modérées.
À gauche de l’image, il y a des arbres avec beaucoup de feuilles vertes. À droite, les arbres ont moins de feuilles et elles sont plus claires. Il y a un soleil, un thermomètre qui montre une température élevée, et des signes de sécheresse au sol. Au centre de l’image, il est écrit « Sécheresses : les arbres s’adaptent mais s’affaiblissent ».