Les sols sont au centre de grands enjeux environnementaux, comme la qualité de l’eau, la préservation de la biodiversité, la sécurité de l’alimentation ou la lutte contre le changement climatique. Pourtant, à cause des activités humaines, les sols subissent des dégradations multiples. Ils sont pollués par de nombreuses substances. Souvent toxiques pour l’homme, la faune et la flore, elles proviennent à la fois de l’industrie, des ménages, des transports, et de l’agriculture.
Pourquoi les sols sont pollués ?
Des pollutions d’origine diffuse
Les sols peuvent être pollués de façon « diffuse », c’est-à-dire par une exposition régulière à des doses relativement faibles de polluants qui, sur le long terme, finissent par s’y accumuler. Ces polluants peuvent rester présents dans les sols des décennies après la fin des activités en cause.
C’est le cas notamment pour des substances issues des transports. Bien que les carburants sans plomb aient définitivement remplacé début 2000 ceux qui en contenaient, le trafic automobile passé reste aujourd’hui encore la cause de plus de 90 % des pollutions diffuses par le plomb.
L’agriculture est également une source importante de la pollution diffuse des sols. Le sol des zones de culture ou d’élevage intensifs renferme par exemple en métropole des taux élevés de lindane (un produit utilisé comme insecticide ou antiparasitaire), pourtant interdit depuis 1998 en agriculture. Du côté des Antilles, le chlordécone (insecticide) est encore massivement présent dans le sol des bananeraies et dans les écosystèmes alors que ce produit n’est plus utilisé depuis 1993.
Des pollutions ponctuelles
La pollution des sols peut également être ponctuelle, c’est-à-dire localisée et concentrée sur un site en particulier, généralement en lien avec une activité industrielle à proximité. Ces pollutions ponctuelles résultent de rejets dans l’air, d’accidents de manutention ou de transport, ou de mauvais confinements de produits toxiques. Elles concernent au départ quelques dizaines d’hectares tout au plus, mais peuvent s’étendre sous l’effet de la dispersion des polluants (via l’air ou l’eau).
Une pollution qui impacte tous les milieux
La pollution des sols a des effets en cascade sur l’ensemble des milieux naturels. Le sol joue un rôle central dans les écosystèmes : il abrite une vie invisible mais essentielle, filtre l’eau, nourrit les plantes et régule les cycles biologiques. Quand il est pollué par des pesticides, des métaux lourds ou des déchets industriels, cet équilibre est rompu.
La biodiversité du sol diminue, ce qui fragilise la végétation et les chaînes alimentaires. Les polluants s’infiltrent ensuite dans les nappes phréatiques (eaux souterraines) et les rivières, contaminant l’eau et les milieux aquatiques. Le sol, affaibli, retient moins bien l’eau et les nutriments. Cela favorise l’érosion et le ruissellement, qui emportent les polluants vers d’autres zones naturelles.
Toute cette chaîne de perturbations touche aussi les forêts, les zones humides, les cultures et même les mers. À long terme, en raison notamment de la perturbation de la vie microbienne et du déclin de la végétation, les sols pollués rejettent plus de gaz à effet de serre, ce qui accentue le dérèglement climatique. La pollution des sols ne reste donc jamais locale : elle affaiblit l’ensemble des écosystèmes et réduit leur capacité à se régénérer.
Quels impacts sur la santé humaine ?
Différents modes d’exposition à la pollution
Les différents milieux naturels (sol, eau, air) étant interconnectés, les possibilités d’exposition sont multiples, que ce soit par la voie digestive ou la voie respiratoire (source). Les plus fréquentes sont :
L’ingestion de terre par les jeunes enfants, particulièrement exposés en raison de leur comportement. Lors de jeux sur le sol, ils peuvent ingérer directement de la terre déposée sur les mains ou les objets qu’ils portent à la bouche ;
La consommation de produits végétaux alimentaires cultivés sur des terres polluées ;
La consommation d’eau, qui peut contenir des produits transférés depuis le sol vers la nappe phréatique ;
La respiration des poussières émises par les sols pollués ;
La respiration directe de polluants qui peuvent passer dans l’air à partir du sol.
Les risques sanitaires liés à la pollution du sol
Les populations les plus exposées aux effets de la pollution des sols sont celles vivant sur les sites ou sols pollués, ou à proximité. De nombreuses substances chimiques mesurées dans des sols pollués sont connues pour leurs effets néfastes sur la santé, y compris des maladies graves (source).
Certains métaux et métalloïdes peuvent par exemple provoquer des cancers, des troubles de la reproduction ou encore des atteintes rénales, osseuses, des pathologies cardiovasculaires, respiratoires et gastro-intestinales en cas d’exposition prolongée par ingestion. De nombreux cas de saturnisme (intoxication au plomb) ont également été rapportés dans des zones industrielles fortement polluées par des activités industrielles (fonderies, fabriques de batteries).
Les hydrocarbures peuvent induire des maladies pulmonaires en cas d’inhalation. Ils peuvent également provoquer un dessèchement ou des gerçures de la peau après des contacts répétés.
Des Français inquiets au sujet de la pollution
D’après le baromètre 2024 de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), les Français sont 63 % à considérer que les risques sont élevés voire très élevés. Un niveau de préoccupation qui n’égale pas celui à l’égard de la pollution de l’air (69 %) ou des pesticides (66 %) mais qui reste important et qui, comme pour les autres pollutions diffuse, reste relativement stable au fil des années. 68 % des Français se sentent mal informés au sujet de ces pollutions diffusées, et même 72 % spécifiquement au sujet de la pollution des sols.
Quels sont les différents polluants du sol ?
Les métaux
Les métaux (cadmium, plomb, etc.) et métalloïdes (bore, arsenic, etc.) sont naturellement présents dans les sols. Toutefois les rejets de l’industrie, des ménages, des transports, ou de l’agriculture contribuent à la pollution diffuse des sols par les métaux. Toxiques à des doses variables pour l’homme, la faune et la flore, ils peuvent contaminer les écosystèmes via les chaînes alimentaires (élevage) et la ressource en eau.
En raison du fort lien entre le plomb et la matière organique du sol, ce métal est peu disponible pour les plantes et migre très peu en profondeur. Les fortes teneurs en surface peuvent ainsi être attribuées aux activités humaines (transports, industrie, mines, boues urbaines, traitements phytosanitaires), tandis qu’en profondeur, elles relèvent plutôt de la dégradation des roches.
Tout comme le plomb, le cuivre est peu mobile dans les sols, hormis dans des milieux très acides ou mal drainés. Il s’agit également d’un oligo-élément indispensable à la vie (en quantité très faible). Différentes activités humaines peuvent provoquer des pollutions au cuivre : agriculture (traitements des vignes et vergers, épandage de lisiers de porcs), industrie (métallurgie) et réutilisation de déchets (boues de station de traitement des eaux usées, composts d’ordures ménagères).
La présence de métaux dans les sols est naturelle, mais aussi le fait de pollutions liées aux activités humaines. Toxiques, ils font l’objet d’un suivi environnemental et sanitaire.
Les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP)
Les hydrocarbures aromatiques polycycliques sont des polluants organiques persistants, produits principalement par combustion des matières organiques (feux de forêt, combustion d’énergies fossiles). Toxiques pour la santé humaine et l’environnement, ils sont en règle générale peu biodégradables. En plus de leur aptitude au transport sur une longue distance, ils s’accumulent dans les tissus vivants du fait de leur forte solubilité dans les graisses. Enfin, ils se fixent facilement sur les matières organiques, les matières en suspension ou les sédiments des cours d’eau.
Les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) sont principalement issus de la combustion des matières organiques. Ils sont un indicateur de pollution des sols.
Les pesticides
L’utilisation prolongée de certains pesticides est à l’origine de pollutions diffuses qui peuvent toucher une grande partie du pays. C’est le cas du lindane, utilisé pendant plus de 50 ans, considéré toxique pour l’homme et dangereux pour l’environnement. Très peu mobile dans les sols, le lindane peut s’évaporer et être transporté dans l’air sous l’influence de la nature et du degré d’humidité des sols, ainsi que de son mode d’application. La nature du sol, le climat et la profondeur d’enfouissement du lindane agissent, par ailleurs, sur la durée nécessaire à sa dégradation dans le sol (jusqu’à plus de 40 ans).
Aux Antilles françaises, la pollution agricole chronique des sols et la contamination des eaux et des écosystèmes par le chlordécone résulte de son utilisation jusqu’en 1993 pour lutter contre un insecte ravageur, le charançon des bananiers. La molécule de chlordécone est classée comme polluant organique persistant et reconnue comme perturbateur endocrinien et cancérogène potentiel. La population antillaise y est exposée via l’ingestion d’eau ou d’aliments contaminés.
Les pesticides employés en agriculture s’accumulent dans les sols et polluent l’ensemble des milieux, avec des conséquences sur la biodiversité et la santé humaine.
Les déchets plastiques
En raison des multiples usages des matières plastiques dans notre quotidien, leur production mondiale a été multipliée par 266 depuis 1950 pour atteindre 400,3 millions de tonnes en 2022. Ces usages génèrent une grande quantité de déchets qui représentent un défi en termes de traitement. D’après l’OCDE, sur 353 millions de tonnes de déchets plastiques produits au niveau mondial en 2019, seuls 9 % ont été recyclés.
L’autre défi est là à la taille de ces déchets : sous l’effet des rayons ultraviolets, de la chaleur, de l’activité bactérienne et de l’agitation mécanique, ils se fragmentent en microplastiques (taille inférieure à 5 millimètres) et se dispersent dans tous les milieux, en particulier dans les sols. 76 % des 33 sites étudiés en France en 2020, surtout en grandes cultures, présentent des fragments de plastiques (essentiellement du polyéthylène et du polypropylène). Pour mieux comprendre l’origine et la nature des microplastiques présents dans les sols, l’Ademe (Agence de la transition écologique) a étudié 21 matières organiques différentes, utilisées comme fertilisants (déchets verts, composts, effluents agricoles…). Sur 167 échantillons analysés, 166 contenaient des microplastiques.
La pollution par les plastiques menace les écosystèmes et la santé. Des centaines d’espèces animales sont affectées par l’ingestion des débris et de leurs additifs chimiques, qui entrent dans la chaîne alimentaire. Chez l’humain, plusieurs études observent des microplastiques dans les poumons, le sang ou les selles. Le lien entre l’exposition aux microplastiques et la santé est toutefois encore mal connu.
Présents dans l’air, les sols, les eaux ou les organismes vivants, les déchets plastiques s’accumulent dans les milieux naturels.
Les polluants perfluorés (PFAS, PFOS, PFOA, TFA…)
Produits chimiques aux propriétés antiadhésives, résistantes aux fortes chaleurs et imperméabilisantes, les polys et perfluoroalkylés (PFAS) sont présents dans de nombreux produits : ustensiles de cuisine, emballages alimentaires, textiles, mousses anti-incendie, etc. D’autres, comme l’acide trifluoroacétique (TFA), sont parfois utilisés dans la fabrication de pesticides et de médicaments ou résultent de la dégradation dans l’environnement de molécules de la même famille.
C’est le cas de l’herbicide flufénacet, utilisé notamment sur les cultures de céréales ou de pommes de terre, qui génère le TFA comme métabolite (sous-produit de sa dégradation). Très peu dégradables une fois dans l’environnement, les PFAS sont surnommés « polluants éternels » et contaminent les eaux de surface ou souterraines, l’air, les sols et les sédiments.
Les PFAS ont été intégrés dans le programme européen de biosurveillance humaine pour mieux connaître nos niveaux d’exposition et d’imprégnation et comprendre leurs effets sur la santé : cancers, perturbations de la fertilité et du développement fœtal, augmentation du cholestérol et du risque d’obésité, affaiblissement du système immunitaire, l’effet le plus critique pour la santé humaine.
La radioactivité
La radioactivité des sols peut être d’origine naturelle (en lien avec la roche présente dans le sous-sol) ou bien artificielle lorsqu’il y a une pollution, liée par exemple aux accidents d’exploitation d’une centrale nucléaire (Tchernobyl).
Les sites pollués et leur gestion
En 2025, 11 234 sites et sols pollués ou potentiellement pollués sont recensés en raison du passé industriel de la France, dont la moitié sont situés dans les anciennes régions minières (source). Ces pollutions résultent soit de rejets de polluants non maîtrisés, soit d’accidents ou de mauvais confinements.
Les pollutions sont souvent multiples sur un même site. Les deux catégories de polluants les plus fréquemment identifiées dans les sols ou les nappes sont les métaux et métalloïdes (moins d’un quart de l’ensemble des pollutions des sols) et les hydrocarbures (moins d’un tiers). Les trois familles d’hydrocarbures (minérales, chlorés, HAP) représentent un peu moins de 60 % des pollutions multiples des sols. Les cyanures, les BTEX (somme de benzène, toluène, éthylbenzène et xylène) et les autres polluants (ammonium, chlorures, pesticides, solvants non halogénés, sulfates, substances radioactives) représentent respectivement moins de 10 % des pollutions des sols.
Une pollution des eaux souterraines résulte couramment de la pollution des sols sur ces sites. La répartition des familles de polluants identifiées dans les nappes s’apparente alors fortement à celle des sols, les parts d’hydrocarbures (27 %) ou de métaux et métalloïdes (18 %) étant légèrement inférieures.
De nombreux sols sont pollués en France en raison d’activités industrielles. Face aux risques pour l’environnement et la santé humaine, les sites concernés sont suivis et gérés.
Mobiliser l’expertise de l’Ademe sur les sols pollués
L’Ademe dispose d’une expertise en urbanisme durable, avec en particulier un focus concernant la qualité des sols, leur pollution et des options de gestion pour les sites pollués.
Saisir la Commission nationale déontologie et alertes en santé publique et environnement (cnDAspe)
Créée en 2013, la cnDAspe est là pour faciliter la remontée des signalements issus de la société civile sur les menaces ou les dégâts en matière de santé publique et d’environnement.
Structure ayant pour mission de constituer et gérer un système d’information sur les sols de France et répondre aux demandes des pouvoirs publics et de la société au niveau local et national.