Glyphosate, lindane, chlordécone, S-métolachlore… de nombreux pesticides sont employés en agriculture pour lutter contre les organismes considérés comme nuisibles (insectes, parasites, champignons, plantes concurrentes). Mais l’utilisation prolongée de ces produits, qui s’accumulent dans les sols et persistent parfois des dizaines d’années, est à l’origine de pollutions diffuses. Cette pollution touche une grande partie du pays, avec des conséquences sur la santé humaine et les écosystèmes.
Des pesticides toujours très présents dans les sols
Quel état des lieux ?
Depuis 2008, trois plans de réduction de l’usage des produits de traitement des cultures se sont succédé, tous visant une baisse de 50 %, d’abord pour 2018, puis pour 2025 et enfin pour 2030. Malgré quelques avancées, le problème se pose toujours en France.
Les quantités de produits phytopharmaceutiques vendues en France
Herbicides, fongicides, insecticides… La France ne parvient pas à réduire fortement sa dépendance aux produits phytosanitaires et de vastes territoires sont pollués.
Sur 111 pesticides analysés entre 2019 et 2021, le plus fréquemment détecté dans les sols français est le glyphosate (70 %), herbicide très vendu, suivi du fluopyram (69 %) et du fluxapyroxad (68 %) pourtant bien moins utilisés. En effet, le caractère polluant des pesticides dépend non seulement de leur toxicité, de leur persistance mais aussi de la capacité des sols à les retenir ou à les dégrader.
Les quantités de glyphosate vendues en France
Le glyphosate est l’herbicide le plus utilisé dans le monde avec plus de 800 000 tonnes vendues en 2014. La France en a utilisé 9 700 tonnes en 2018.
Les analyses confirment que si les terres cultivées sont les plus polluées, les forêts et les prairies non traitées ne sont pas épargnées. Parfois, les sols accumulent de fortes teneurs en pesticides avec des risques écotoxiques accrus pour leur microfaune et leur flore. Les pesticides étant des biocides, ils ont de toute façon des effets néfastes sur la biodiversité et sur la santé des écosystèmes.
Quel impact sur la santé humaine ?
Les humains peuvent être exposés aux pesticides de différentes façons, notamment par des résidus présents dans leurs aliments (surtout lorsqu’ils sont issus de l’agriculture « conventionnelle »), ainsi que par une pollution de l’eau potable.
Une étude d’envergure menée par l’Agence européenne pour l’environnement entre 2014 et 2021 à travers 5 pays a ainsi retrouvé plus de 46 pesticides ou métabolites (substances issues de la dégradation des pesticides) dans les échantillons prélevés sur les personnes testées, avec dans 84 % des cas au moins 2 pesticides différents.
S’il est compliqué d’estimer précisément l’impact des pesticides sur la santé humaine, la recherche scientifique a établi des liens forts ou suspectés entre l’exposition aux pesticides et une augmentation du risque de certaines maladies chroniques :
- de nombreux types de cancers
- des maladies neurologiques (Parkinson, Alzheimer…)
- des maladies cardiovasculaires
- des retards de développement chez l’enfant
- une dégradation des capacités reproductives
- des déficiences cognitives
- une dégradation de la santé respiratoire
Pesticides : quels usages, quelles conséquences ?
Utilisés en agriculture, les pesticides peuvent nuire à la santé et à l’environnement. Usages, risques, exposition : où en est-on en France ?
Focus sur quelques pesticides qui polluent les sols
Le S-métolachlore, du sol à l’eau du robinet
En 2022, le S-métolachlore est le 4e herbicide le plus vendu en France (6 % du total). Utilisé notamment sur le maïs, la betterave, le tournesol ou la canne à sucre, avant la levée des premières mauvaises herbes, ses ventes ont augmenté de 23 % en France entre les périodes 2009-2011 et 2020-2022 (1800 tonnes vendues en 2022).
Trois régions totalisent plus de 50 % des achats totaux : la Nouvelle-Aquitaine (458 t), l’Occitanie (293 t) et le Centre-Val de Loire (169 t). Cependant, l’évolution entre 2015-2017 et 2020-2022 est très variable : les achats diminuent dans certaines régions telles que l’Auvergne-Rhône-Alpes (- 30 %), la Bretagne (- 26 %) et la Provence-Alpes-Côte d’Azur (- 21 %), alors qu’ils augmentent ailleurs, comme en Île-de-France (+ 53 %), dans les Hauts-de-France (+ 39 %) et le Centre-Val de Loire (+ 30 %).
Cet herbicide, classé comme « cancérogène suspecté » par l’Agence européenne des produits chimiques, se retrouve dans l’air (dans environ 50 % des analyses en France métropolitaine) et les sols (17 % des sols analysés). Depuis 2018, son métabolite métolachlore-esa est la substance qui a dégradé le plus souvent la qualité de l’eau distribuée, très loin devant tous les autres pesticides. Il a été responsable de non-conformités sur l’eau du robinet. En 2021, trois métabolites ont fréquemment dépassé des normes européennes de qualité dans ces eaux.
Pour réduire ces risques, l’Agence française de sécurité sanitaire a interdit en 2023 les principaux usages des phytosanitaires à base de S-métolachlore, avec un délai d’utilisation des stocks jusqu’en 2024. Au niveau européen, la décision de non-renouvellement de l’approbation du S-métolachlore a été prise en décembre 2023.
La pollution de l’eau par les pesticides
Les pesticides utilisés par l’agriculture sont une source de pollution des eaux de surface et des nappes d’eau souterraines.
Le lindane : jusqu’à 40 ans de pollution
Considéré toxique pour l’homme et dangereux pour l’environnement, le lindane a été utilisé pendant plus de 50 ans comme insecticide en agriculture. Très peu mobile dans les sols, ce pesticide peut s’évaporer et être transporté dans l’air. La nature du sol, le climat et la profondeur d’enfouissement du lindane agissent aussi sur la durée nécessaire à sa dégradation dans le sol, qui peut nécessiter plus de 40 ans.
Bien que son interdiction pour les usages agricoles en France date de 1998, des résidus subsistent dans les sols métropolitains. Les valeurs s’échelonnent entre 0,16 et 5 microgrammes par kilogramme (µg/kg) de sol. Les valeurs les plus élevées (plus de 2 µg/kg de sol) résultent d’un large usage du lindane comme insecticide dans les zones de culture intensive (Beauce, nord des Hauts-de-France), ou comme antiparasitaire dans les zones d’élevage intensif de volailles et de porcins (Bretagne).
Les sols bretons, riches en matière organique, ont ainsi fortement retenu le lindane épandu via les effluents d’élevage. À l’opposé, les valeurs les plus faibles s’observent dans les régions les plus boisées (Auvergne-Rhône-Alpes, Occitanie, Nouvelle Aquitaine, Provence-Alpes-Côte d’Azur) et plus particulièrement dans les Landes de Gascogne où les sols sableux, acides et pauvres en matière organique retiennent peu le lindane.
Le chlordécone, une pollution à grande échelle aux Antilles
Aux Antilles, la pollution agricole chronique des sols, des eaux et des écosystèmes par la chlordécone résulte de son utilisation jusqu’en 1993 pour lutter contre un insecte ravageur, le charançon des bananiers. La molécule de chlordécone est classée comme polluant organique persistant et reconnue comme perturbateur endocrinien et cancérogène potentiel. La population antillaise peut y être exposée via l’ingestion d’eau ou d’aliments contaminés.
En moyenne, 30 g de chlordécone par pied de bananiers étaient appliqués annuellement entre 1971 et 1993. Peu mobile, peu soluble, très peu volatile, la chlordécone se fixe durablement sur la matière organique du sol et se dégrade extrêmement lentement dans les sols aérés. La contamination des cultures touche principalement les racines et les tubercules et dans une moindre mesure la culture des cucurbitacées, laitues et alliacées.
Le risque de pollution par la chlordécone concerne plus d’un quart de la surface agricole utilisée en Guadeloupe (soit 14 200 hectares) et deux cinquièmes en Martinique (soit 10 000 hectares). Selon la simulation de l’évolution des teneurs en chlordécone, les sols argileux de la bande côtière ne devraient plus en contenir d’ici deux siècles, tandis que les sols volcaniques d’altitude seront encore très pollués.
Différentes mesures visent à réduire l’exposition de la population : traitement des eaux captées et distribuées par filtration au charbon actif (1999), encadrement de la culture de légumes racines (2002), interdiction de la pêche en rivière (2003-2004), délimitation de la pêche côtière (2008), définition de la limite maximale de résidu dans les aliments à 20 µg/kg de poids frais (2007), plans triennaux nationaux d’action chlordécone (depuis 2008).
Le plan chlordécone III (2014-2020) poursuit les actions engagées depuis 2008 selon quatre axes : élaborer une stratégie de développement durable, prévenir le risque sanitaire et protéger les populations en réduisant l’exposition, développer la recherche (santés humaine et animale ; environnement ; sciences humaines, économiques et sociales), accompagner les professionnels de la pêche et de l’agriculture dont l’activité est fortement impactée par cette pollution.
Des diagnostics des familles exposées et des sols potentiellement pollués (programme Jardins Familiaux) ont pour but de limiter l’exposition des populations consommant régulièrement des légumes racines de leurs jardins selon les teneurs en chlordécone des sols : moins de à 0,1 mg chlordécone/kg de sol sec (aucune restriction), plus de 0,1 mg/kg de sol sec (non recommandée : racines, tubercules), plus de 1 mg/kg de sol sec (fortement déconseillées sauf en hors-sol : légumes-racines, cucurbitacées, laitues, canne à sucre).
Le cuivre : une accumulation qui nuit à la biodiversité
Parfois, les effets négatifs des substances utilisées contre les « nuisibles » et qui s’accumulent dans le sol se concentrent sur la microfaune et la flore. C’est notamment le cas du cuivre utilisé comme fongicide (bouillie bordelaise). Des décennies d’utilisation, ajoutées aux teneurs naturellement présentes dans les sols, favorisent des effets délétères sur la biodiversité.
Pourtant, son utilisation augmente (+ 35 % entre 2009-2011 et 2020-2022). En France métropolitaine, plus de la moitié des fortes teneurs en cuivre sont dans des zones occupées à plus de 20 % par des vignes et des vergers cultivés en agriculture conventionnelle ou biologique, notamment en Gironde et dans le Languedoc-Roussillon. Pour limiter cet effet de cumul, la réglementation européenne limite la quantité totale de cuivre utilisable à 28 kg par hectare sur une période de 7 ans (2019-2025).
Ressources
Réseau de mesure de la qualité des sols (RMQS)
Toutes les données, cartes et publications du RMQS disponibles sur le site du Groupement d’intérêt scientifique sur les sols (GIS Sol).
Lien direct vers le site web
Portail des substances chimiques (INERIS)
À travers ce portail, l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (INERIS) transmet son expertise sur les substances chimiques, issue de ses travaux d’étude et de recherche.
Lien direct vers le site web
Groupement d’intérêt scientifique sur les sols (GIS Sol)
Structure ayant pour mission de constituer et gérer un système d’information sur les sols de France et répondre aux demandes des pouvoirs publics et de la société au niveau local et national.
Lien direct vers le site web
Association française pour l’étude des sols (AFES)
L’AFES est une société savante consacrée au sol. Elle est la branche française de l’Union internationale de la sciences du Sol (UISS).
Lien direct vers le site web
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