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Nouvelles maladies infectieuses : quels liens avec les atteintes à la biodiversité ?

Dans ce premier épisode de la série de podcasts « notre-environnement monte le son », Céline Couderc-Obert, cheffe de la mission Biodiversité, Santé et Activités anthropiques au Commissariat général au développement durable (CGDD), nous éclaire sur les facteurs environnementaux à l’origine de nouvelles maladies infectieuses transmises de l’animal à l’homme et sur les solutions pour prévenir celles-ci.

L’émergence de nouvelles maladies infectieuses d’origine animale

La science nous alertait depuis longtemps, c’est devenu une évidence pour tous durant ces trois dernières années : l’émergence de nouvelles maladies infectieuses (Sras, Mers, Ebola, grippe aviaire, Covid, variole du singe…), majoritairement d’origine animale (on les appelle alors des « zoonoses »), a des impacts majeurs dans notre société, sur les plans sanitaire, économique et social. Or les chercheurs s’interrogent depuis des années sur l’origine de ce phénomène, sa dynamique et les mécanismes qui l’expliquent. On constate désormais clairement que des liens existent entre les atteintes à la biodiversité et aux écosystèmes et les crises sanitaires épidémiques.

Comment prévenir les zoonoses ? Un podcast pour vous expliquer…

Mais comment éviter de nouvelles pandémies (c’est-à-dire des épidémies qui se propagent à l’échelle d’un continent, voire de la planète ) ? Ce premier épisode de notre série de podcasts « notre-environnement monte le son » , en lien avec des publications récentes du CGDD, nous invite à explorer quelques pistes d’explications et de solutions pour prévenir, à la source, de nouvelles transmissions à l’homme d’organismes vivants pathogènes (virus, bactéries..).

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Transcription

Modérateur : Bienvenue dans « Notre environnement monte le son », le nouveau podcast du site « Notre environnement » qui est le portail de tous les citoyens qui veulent s’informer sur l’environnement et le développement durable. Pour ce premier RDV, j’ai le plaisir de recevoir Céline Couderc-Obert. Elle est experte des liens entre environnement et santé. Bonjour Céline.

Répondant : Bonjour.

Modérateur : Céline, pouvez-vous vous présenter pour commencer ?

Répondant : Oui, je suis inspectrice publique vétérinaire. C’est-à-dire que j’ai une formation de vétérinaire et je travaille au ministère de la Transition écologique au Commissariat général du développement durable, au service de la recherche sur des sujets scientifiques en lien avec la biodiversité, la santé, et les activités humaines qui peuvent impacter l’environnement et la santé.

Modérateur : Céline, on constate l’émergence de nouvelles maladies infectieuses comme le COVID, la variole du singe, la grippe H1N1, ou encore EBOLA. On sait que certaines de ces maladies viennent du règne animal et sont transmises à l’homme. On parle alors de zoonoses. Est-ce que vous pouvez nous en dire plus sur ces zoonoses ?
Répondant : effectivement les zoonoses sont des maladies infectieuses qui se transmettent des animaux vertébrés à l’homme et possiblement dans l’autre sens. Et on constate que leur fréquence d’apparition a fortement augmenté depuis des années 80. Aujourd’hui, chez l’homme les zoonoses représentent 60 % de toutes les la maladie infectieuses et 75% des maladies infectieuses émergentes.

Modérateur : Pourquoi y a-t-il une augmentation de ces zoonoses ?

Répondant : En fait ce sont les atteintes aux écosystèmes et la biodiversité qui font augmenter les maladies infectieuses. On ne comprend pas très bien comment ça fonctionne à ce jour. Mais on sait que plusieurs facteurs liés aux activités humaines expliquent ce phénomène. On perturbe le cycle de transmission des agents pathogènes,

Modérateur : petite précision pour nos auditeurs. Quand on parle d’agents pathogènes, on veut dire agents infectieux comme les virus ou les bactéries qui peuvent provoquer des maladies.

Répondant : oui, on modifie, on détruit les habitats des espèces, on détériore l’état de santé des populations animales. Un des principaux facteurs à l’origine de nouvelles maladie et de leur propagation, c’est la multiplication des contacts entre les humains, les animaux domestiques ou d’élevage et la faune sauvage. Le fait qu’on intensifie ces rencontres va de pair avec la dégradation des écosystèmes et avec le fait qu’on exploite les ressources naturelles de manière non durable.

Modérateur : Est-ce que la déforestation a une incidence sur la transmission des maladies de l’animal à l’homme ?

Répondant : Absolument. La déforestation est responsable d’une plus grande incursion humaine dans les forêts. Cela génère un développement de la chasse, du braconnage, de la consommation de viande de brousse. Les interactions entre humains, animaux domestiques et animaux sauvages augmentent forcément dans ces zones forestières. Les effets de cette déforestation sont accentués par les évènements climatiques extrêmes qui modifient les régimes des saisons et des pluies et favorisent la prolifération des vecteurs comme les insectes ou les moustiques.

Modérateur : Il n’y a pas que la déforestation. Il y a aussi toute la question de l’élevage ?

Répondant : Les modes d’élevage modernes sont un des facteurs de diffusion de maladies infectieuses. La production animale a été multipliée par 6 en 60 ans. De plus en plus de pays aspirent à consommer davantage de viande, plus particulièrement les pays émergents et en transition. Et parallèlement, en même temps que cette intensification d’élevage animal, tout devient plus grand, ça génère des conditions stressantes pour les animaux, ça abaisse leur capacité de résitance et la capacité de résister aux infections. Il faut savoir aussi que les changements d’usage des sols et la déforestation sont favorisés par les cultures végétales qui sont nécessaires à l’alimentation du bétail et de la volaille et que ces facteurs sont les facteurs majeurs de l’augmentation d’incidence des zoonoses et également, la multiplication des élevages dans des zones de proximité avec la faune sauvage, des fronts de peuplements humains sont également responsables.

Modérateur : On comprend mieux les causes. Maintenant quelles sont les initiatives qui sont mises en place pour contrer ce phénomène ?

Répondant : Alors une des solutions, ça pourrait être de mettre en place à l’échelle de nos sociétés, une approche « One Health », une seule santé, une approche pluridisciplinaire de la santé, une vision globale des interactions entre santé humaine, animale et des écosystèmes. C’est prévenir en amont à la source les risques d’émergence, ça passera nécessairement par la protection des écosystèmes, la restauration, la préservation des habitats et des espèces. Pour donner un exemple concret de cette approche, il y a un comité d’experts de haut niveau qui a été rattaché à l’Alliance quadripartite, une seule santé, qui comprend l’organisation mondiale de la santé, l’organisation mondiale de la santé animale, le programme des nations unies pour l’environnement et l’organisation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture et ce comité d’experts a défini pour la première fois, l’approche, une seule santé, au niveau international en 2021.

Modérateur : Est-ce que vous pouvez un exemple d’une action « One Health » qui implique des acteurs de terrain ?

Répondant : oui, nous avons par exemple une initiative internationale Prezode, de recherche et de coopération avec les acteurs sur les territoires dans le monde entier. C’est un programme lancé à l’initiative de la France qui comprend aujourd’hui 18 pays et 180 organismes de recherche, gestionnaires d’espaces naturels, acteurs de la santé, responsables des populations locales et qui prévoient de déployer sur le terrain et de coconstruire avec les populations locales des stratégies de prévention des zoonoses.

Modérateur : Céline, vous le savez, la COP 15 vient de se terminer à Montréal, en décembre 2022. Qu’est-ce qu’il faut en retenir ?

Répondant : Effectivement, la COP 15 à Montréal a permis d’adopter le cadre mondial pour la biodiversité qui prévoit des cibles concrètes à atteindre dès 2030 et une vision plus harmonieuse de nos relations avec la nature en 2050 et ce cadre à intégré dans son préambule, l’approche une seule santé, également dans certaines de ces cibles, par exemple, sur le commerce de faune sauvage, qui mentionne bien la prévention du franchissement de la barrière d’espèce.

Modérateur : le non franchissement de la barrière d’espèces, c’est-à-dire la prévention de la transmission de maladies de la faune sauvage vers l’homme.
Merci Céline Couderc-Obert pour cet éclairage.

Pour les auditeurs qui veulent aller plus loin. Vous pouvez trouver deux publications du Commissariat général au développement durable. L’une sur le concept une seule santé, l’autre sur les zoonoses. Les deux articles sont sur le site notre environnement.gouv.fr.

A bientôt pour un prochain épisode.

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