Vagues de chaleur, tempêtes, inondations, sécheresses : le changement climatique augmente-t-il les risques naturels ? Pour répondre à cette question, le World Weather Attribution étudie les évènements naturels extrêmes dans le monde. Depuis 2014, plus d’une centaine d’études ont démontré que ce lien existe. Interview de Fredi Otto, Professeure en science du climat à l’université Imperial College à Londres, cofondatrice et dirigeante de World Weather Attribution.
Les évènements météorologiques extrêmes sont-ils plus fréquents et plus intenses à cause du changement climatique ?
Fredi Otto : La réponse courte est oui. La plupart des évènements météorologiques extrêmes sont plus fréquents et plus intenses aujourd’hui. C’est le cas des vagues de chaleur, par exemple. Sans le changement climatique provoqué par notre utilisation des énergies fossiles, cette aggravation n’aurait pas lieu.
Les évènements météorologiques extrêmes ont toujours plusieurs causes. Ils dépendent de la nature chaotique de la météo. Par exemple, El niño est un phénomène naturel, indépendant du changement climatique, qui peut provoquer des pluies intenses dans certaines régions du monde, ou des sécheresses dans d’autres. Cela a toujours existé. Mais les évènements qui sont plus fréquents aujourd’hui sont déclenchés par le changement climatique.
Comment peut-on savoir si un évènement est lié au changement climatique ?
Fredi Otto : Pour répondre à cette question, nous faisons deux calculs. D’abord, la fréquence de ces évènements aujourd’hui, avec un réchauffement de 1,3 °C. Puis, nous comparons avec la fréquence des évènements dans un monde sans ce réchauffement. Pour cela, nous utilisons des observations et des modèles de simulation météorologique. Ce sont les mêmes outils qui sont utilisés pour les prévisions météo. Nous faisons ainsi des simulations en ajoutant ou en retirant les gaz à effet de serre émis par les activités humaines dans l’atmosphère.
Prenons l’exemple de la vague de chaleur humide de 5 jours qui a sévi en Afrique de l’Ouest en février 2024. Les températures étaient d’environ 50 °C, allant parfois jusqu’à 60 °C. Au-delà de trois jours de chaleurs intenses, les conséquences sur la santé humaine sont graves. Sans les effets du changement climatique, ce type de vague de chaleur n’arriverait quasiment jamais dans cette région. Aujourd’hui, on peut s’attendre à en voir une fois tous les 10 ans. Dans un futur à + 2 °C, on y serait confronté une fois tous les 2 ans.
Crédits : Schéma du World Weather Attribution, 2024.
Agrandir la figure 4848En haut du visuel il est écrit : « À quelle fréquence devrions-nous nous attendre à des vagues de chaleur humide similaires de cinq jours en Afrique de l’Ouest ? ». Le schéma montre 3 grilles de 100 points, dont certains sont remplis en rose pour représenter la fréquence des évènements. Sur la première grille, tous les points sont vides. Il est écrit « Avant le changement climatique – Moins d’une fois tous les 100 ans ». Sur la deuxième grille, 10 points sur 100 sont remplis. Il est écrit « Aujourd’hui, avec un réchauffement d’1.2 °C – 1 fois tous les 10 ans ». Sur la troisième grille, la moitié des points sont roses. Il est écrit « Un futur avec un réchauffement de 2 °C – 1 fois tous les 2 ans ».
Pourquoi ces études sont-elles importantes ?
Fredi Otto : Elles sont utiles parce qu’elles nous permettent de comprendre ce que l’on vit. Sur les vingt-deux évènements étudiés en 2025, seulement quatre n’étaient pas liés aux émissions de gaz à effet de serre. Nous publions régulièrement de nouvelles études car les effets du changement climatique dépendent des saisons et des régions du monde.
Mais au-delà des chiffres, le World Weather Attribution cherche à identifier ce qui rend les populations vulnérables. Par exemple : des bâtiments inadaptés ou des dispositifs de prévention inefficaces. Cela nous aide à nous préparer, car nous pouvons agir localement sur ces sujets.
Pour en savoir plus
les études du World Weather Attribution
Le visuel est un paysage qui illustre plusieurs évènements météorologiques extrêmes : au loin il y a un feu de forêt, une tempête, et de la pluie intense sur une maison inondée. Au premier plan, le sol est sec et il y a un arbre mort. Il est écrit « Des évènements météorologiques plus intenses et fréquents ».