Changement climatique : le village de Miquelon déménage

Mis à jour le | Commissariat général au développement durable

Situé sur l’archipel français de Saint-Pierre et Miquelon, au sud de Terre-neuve au Canada, le village de Miquelon subit de plein fouet les aléas de la météo. Principal risque pour ses 600 habitants : la submersion par les vagues lors des tempêtes les plus violentes. Devant l’augmentation du nombre et surtout de la force de ces tempêtes, une décision radicale a été prise : relocaliser le village à un kilomètre de distance à vol d’oiseau, dans un endroit plus sûr. Interview de Patricia Bourgeois, directrice de la Direction des Territoires, de l’Alimentation et de la Mer (DTAM) à la Préfecture de Saint-Pierre et Miquelon.

Pourquoi la relocalisation du village de Miquelon est-elle devenue inévitable ?

Patricia Bourgeois : La relocalisation est devenue indispensable car le village fait face à un risque important de submersion marine. Avec le changement climatique, certaines tempêtes tropicales, comme ce fut le cas du cyclone Fiona en 2022, remontent jusqu’aux côtes canadiennes et nous touchent de plein fouet. De mémoire d’habitant, des vagues aussi hautes n’avaient pas été connues. A ce risque de submersion s’ajoute celui des remontées de nappes phréatiques.

C’est aussi une question d’avenir pour Miquelon. Le Plan de prévention des risques littoraux (PPRL) a été approuvé en 2018. Il limite fortement les nouvelles constructions et les projets d’urbanisation, condamnant ainsi le développement du village sur place. La décision de relocaliser Miquelon redonne donc des perspectives d’avenir aux habitants tout en assurant leur sécurité.

Où en est ce projet de relocalisation ?

PB : Le nouveau village sera reconstruit sur un secteur de l’île de Miquelon situé plus au sud et, surtout, plus en hauteur que l’emplacement actuel. La limite basse du nouveau secteur se situe à 10 mètres au-dessus du niveau de la mer, alors que le village actuel se situe entre 0 et 3 mètres.

Le projet est déjà bien avancé. Après une phase de concertation citoyenne et des études réalisées en 2022 et 2023, les nouveaux terrains ont été acquis, la collectivité territoriale ayant cédé les parcelles à la commune pour un euro symbolique. En 2024, la mairie a réalisé un appel à candidatures, sélectionnant les 14 premiers ménages à venir s’installer et des permis de construire ont été délivrés il y a quelques mois. Les fondations et les murs des premières maisons sortent de terre. Mais il faudra du temps. Cette relocalisation est planifiée sur plusieurs dizaines d’années.

Comment cette relocalisation se déroule-t-elle concrètement pour les habitants ?

PB : Le principe repose sur le volontariat et la population est le moteur du projet. C’est indispensable pour un projet de ce type. Les habitants de Miquelon dont les maisons sont soumises à un risque grave et imminent sont éligibles au Fonds Barnier. Ce dispositif permet à l’État de subventionner la commune pour le rachat des biens, garantissant ainsi un montant juste et équitable, que les habitants peuvent utiliser pour reconstruire sur le nouveau secteur. Une fois le bien racheté par la commune, le Fonds Barnier finance également sa déconstruction et la renaturation de l’ancienne parcelle.

En quoi le village de Miquelon est-il un "laboratoire" pour le reste de la France ?

PB : Il y a la volonté de construire un nouveau village exemplaire en matière de développement durable. Des performances environnementales ont été définies, notamment en termes de performance énergétique des nouvelles constructions, ce qui est crucial étant donné le climat de l’archipel. La commune est notamment accompagnée par un architecte, disponible pour aider les habitants à réfléchir à des implantations optimales et à l’utilisation de matériaux biosourcés par exemple.

Ce projet est considéré comme un "laboratoire français de l’adaptation" et est suivi de très près à tous les échelons de l’État, ainsi que par d’autres communes en métropole qui sont confrontées au risque de submersion mais aussi à l’érosion des côtes. Ce que nous vivons à Miquelon aide à répondre à des questions importantes et inédites liées au financement, aux conséquences juridiques et à la concertation citoyenne.

Le village de Miquelon déménage pour éviter les inondations
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Le visuel représente un paysage avec deux villages : au premier plan, un premier village avec des maisons de différentes couleurs se situe sur une colline. Au second plan, un village similaire se trouve près de la mer. Dans le ciel on peut lire "Le village de Miquelon déménage pour éviter les inondations".

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