Santé

Pesticides : quels usages, quelles conséquences ?

Mis à jour le | Commissariat général au développement durable

Les pesticides sont largement utilisés en agriculture pour protéger les cultures contre les maladies, les insectes ou les mauvaises herbes. Mais ces substances peuvent contaminer l’air, l’eau et les sols, et poser des risques pour la santé humaine et l’environnement. En France, leur usage fait l’objet d’un suivi et de politiques de réduction, mais de nombreuses préoccupations subsistent.

Que sont les pesticides et comment sont-ils utilisés ?

Les pesticides sont des substances chimiques ou d’origine naturelle utilisées pour éliminer ou contrôler des organismes jugés nuisibles à certaines activités humaines. Ils permettent notamment de protéger les cultures agricoles contre les maladies, les insectes ravageurs ou les mauvaises herbes, mais aussi d’entretenir les espaces verts ou de lutter contre certains parasites en santé humaine ou vétérinaire.

Le terme « pesticide » regroupe plusieurs catégories de produits :

  • les herbicides, qui ciblent les mauvaises herbes (ou « adventices ») ;
  • les fongicides, qui préviennent ou traitent les maladies causées par des champignons ;
  • les insecticides, qui éliminent les insectes nuisibles ;
  • d’autres produits, comme les rodenticides (contre les rongeurs) ou les nématicides (contre les vers parasites).

En agriculture, les pesticides sont regroupés sous l’appellation « produits phytosanitaires » ou « produits phytopharmaceutiques ». Ils font l’objet d’un suivi en France. Leur usage concerne principalement les grandes cultures, la viticulture, l’arboriculture et les cultures maraîchères.

L’usage des pesticides s’est fortement développé après la Seconde Guerre mondiale, avec l’arrivée de molécules de synthèse comme le DDT (dichlorodiphényltrichloroéthane). À partir des années 1990, des réglementations européennes sont venues encadrer leur mise sur le marché, leur utilisation et leurs risques. Certains produits très nocifs ont été interdits, et des alternatives comme les produits de biocontrôle ou utilisables en agriculture biologique ont commencé à se développer.

Aujourd’hui, les pesticides restent largement utilisés, même si leur usage tend à diminuer, notamment sous l’effet des plans nationaux de réduction tels que Écophyto. Mais de nombreuses molécules posent encore question du fait de leurs impacts sur la santé humaine, la biodiversité et la qualité des eaux.

Quelle est la situation actuelle en France ?

Des ventes de pesticides qui diminuent légèrement mais restent élevées

En 2023, un peu plus de 65 600 tonnes de produits phytosanitaires ont été vendus en France. C’est une légère baisse par rapport à 2022 (- 3 %) et à 2021 (- 6 %), mais les volumes restent globalement élevés, après avoir oscillé autour de 68 000 tonnes pendant plus d’une décennie (source : SDES).

Ces ventes dépendent fortement des conditions climatiques (pluviométrie, chaleur, pression parasitaire) et des comportements de stockage des agriculteurs.

Une forte dépendance aux herbicides

Les ventes de produits phytosanitaires utilisés en France se répartissent principalement en quatre grandes familles :

  • Herbicides (contre les « mauvaises herbes ») : 46 % des ventes
  • Fongicides (contre les maladies fongiques) : 40 %
  • Insecticides : 10 %
  • Autres : 4 %

Les herbicides restent largement dominants, en particulier dans les cultures de céréales ou de betteraves, et leur usage est peu remplacé en agriculture biologique où les alternatives restent limitées.

Les substances les plus toxiques en recul

Certaines substances contenues dans les pesticides sont classées comme CMR, c’est-à-dire qu’elles présentent des risques particuliers pour la santé humaine. Cela signifie qu’elles sont :

  • cancérogènes – elles peuvent provoquer des cancers,
  • mutagènes – elles peuvent altérer l’ADN,
  • ou toxiques pour la reproduction – elles peuvent nuire à la fertilité ou au développement du fœtus.

En 2023, ces substances à risque représentaient 16 % des quantités vendues, contre 32 % en 2010. Les plus dangereuses d’entre elles, appelées CMR de catégorie 1, sont celles dont la toxicité est avérée ou très probable pour l’être humain. Elles sont désormais très peu utilisées : seulement 0,1 % des ventes en 2023. Cette baisse s’explique en grande partie par le retrait progressif de certaines substances du marché, comme le phosmet, interdit fin 2022.

Un développement ralenti des alternatives

Les produits utilisables en agriculture biologique ou relevant du biocontrôle (solutions d’origine naturelle) représentaient environ 36 % des ventes en 2023. Ils sont principalement constitués de fongicides (73 %) et d’insecticides (23 %), les herbicides en étant quasiment absents. Après une forte progression jusqu’en 2021, leurs ventes ont légèrement reculé entre 2021 et 2023.

Comment les pesticides contaminent-ils l’environnement ?

Quand un pesticide est utilisé dans un champ, une partie du produit peut s’évaporer dans l’air, s’infiltrer dans le sol, ou être entraînée par la pluie vers les rivières et les nappes phréatiques. Ces déplacements rendent la pollution difficile à maîtriser. Elle touche presque tous les milieux naturels et peut durer dans le temps.

Des résidus de pesticides dans les rivières et les nappes souterraines et les sols

Les pesticides utilisés par l’agriculture sont une source majeure de pollution des eaux de surface et des nappes souterraines. On en retrouve dans la majorité des rivières contrôlées, surtout dans les régions agricoles intensives. Certains pesticides, pourtant interdits depuis plusieurs années, sont encore détectés, notamment à cause de leur lente dégradation.

Les pesticides s’accumulent aussi dans les sols, parfois pendant plusieurs décennies. Certaines substances, comme le lindane ou la chlordécone, restent présentes bien après leur interdiction. Les sols agricoles sont les plus touchés, mais des traces sont aussi retrouvées dans des forêts ou prairies non traitées, montrant que cette pollution est diffuse.

Des pesticides présents aussi dans l’air

L’air peut lui aussi être contaminé par les pesticides. Lors de l’épandage, une partie du produit se volatilise ou est emportée par le vent sous forme de gouttelettes. Ces substances peuvent alors être respirées par les riverains ou transportées sur de longues distances.

Une surveillance nationale harmonisée de la qualité de l’air vis-à-vis des pesticides a été mise en place récemment. Deux grandes campagnes ont été menées, en 2018-2019 et 2021-2022. Sur les 75 substances recherchées, six pesticides ont été détectés dans plus de 20 % des échantillons lors de chaque campagne :

  • le glyphosate,
  • le lindane (un insecticide pourtant interdit depuis 1998 en France),
  • le S-métolachlore,
  • la pendiméthaline,
  • le prosulfocarbe,
  • et le triallate.

Les prélèvements ont montré que ces substances sont présentes dans l’air aussi bien en milieu rural qu’en zone urbaine, en particulier pendant les périodes de traitement. Ces résultats confirment que les pesticides peuvent se déplacer dans l’atmosphère et contribuer à une exposition diffuse de la population, au-delà des seuls utilisateurs directs.

Que nous apprennent les analyses sur l’exposition de la population aux pesticides ?

Dans le cadre de l’étude nationale Esteban, Santé publique France a mesuré l’imprégnation de la population française à plusieurs familles de pesticides. Les résultats confirment que les adultes comme les enfants sont exposés à de nombreuses substances chimiques, présentes dans l’alimentation, l’air ou encore les produits ménagers.

Globalement, les niveaux d’exposition ont baissé par rapport aux années 2000. Mais plusieurs substances continuent à être présentes dans une large partie de la population. C’est par exemple le cas du lindane, interdit depuis 1998, mais détecté chez près d’un adulte sur deux. Le glyphosate, quant à lui, est retrouvé chez moins de 20 % des adultes et des enfants.

Quels sont les effets des pesticides sur la santé humaine ?

L’exposition aux pesticides peut avoir des conséquences graves sur la santé, en particulier pour les personnes qui y sont directement exposées, comme les agriculteurs.

Chez les professionnels, plusieurs études ont mis en évidence un lien entre l’exposition prolongée à certains pesticides et l’apparition de cancers, notamment :

  • des lymphomes non hodgkiniens,
  • des myélomes multiples,
  • des cancers de la prostate.

Des effets sur le système nerveux ont également été observés. C’est le cas de la maladie de Parkinson, dont l’origine professionnelle liée aux pesticides est aujourd’hui officiellement reconnue en France. Depuis cette reconnaissance, environ 50 cas sont déclarés chaque année comme maladie professionnelle. Le lymphome non hodgkinien est aussi reconnu comme tel depuis 2015.

Les pesticides peuvent également affecter les femmes enceintes et le développement de l’enfant. Les études ont montré des liens entre l’exposition pendant la grossesse et :

  • un risque plus élevé de malformations congénitales ou de morts fœtales,
  • des troubles du développement psychomoteur et intellectuel de l’enfant, des effets sur le système reproducteur ou le métabolisme.

Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a classé certains pesticides parmi les substances les plus préoccupantes :

  • Le lindane, l’arsenic et le pentachlorophénol sont considérés comme cancérogènes certains pour l’homme (groupe 1).
  • Le glyphosate, le malathion et le DDT sont classés cancérogènes probables (groupe 2A).
  • Le chlordécone, le parathion, le 2,4-D et le 2,4,6-trichlorophénol sont considérées comme cancérogènes possibles (groupe 2B).

En 2023, 17 départements totalisaient plus de la moitié des achats de substances classées les plus toxiques pour l’homme, et notamment l’Eure-et-Loir, la Marne, la Somme, la Charente-Maritime et l’Eure (source : SDES).

Quelles actions pour réduire l’usage des pesticides et surveiller leur impact sur la santé ?

Face aux risques pour la santé et l’environnement, plusieurs politiques publiques ont été mises en place pour limiter l’usage des pesticides en France et mieux évaluer leurs effets.

Depuis 2008, les plans Écophyto visent à réduire progressivement le recours aux produits phytosanitaires, tout en maintenant une agriculture performante. Depuis 2008, trois plans de réduction de l’usage des produits de traitement des cultures se sont succédé, tous visant une baisse de 50 %, d’abord pour 2018, puis pour 2025 et enfin pour 2030. Malgré quelques avancées, il est difficile pour la France de réduire fortement sa dépendance aux produits phytosanitaires.

Pour protéger les personnes les plus exposées, comme les riverains et les professionnels agricoles, des zones de non-traitement (ZNT) ont été instaurées autour des habitations et des lieux accueillant des personnes vulnérables. Ces zones visent à réduire l’exposition directe lors des épandages.

Par ailleurs, l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) joue un rôle central dans l’évaluation des risques liés aux pesticides. Elle délivre les autorisations de mise sur le marché, retire certaines substances jugées trop dangereuses, et surveille les résidus dans l’alimentation, l’eau potable ou l’environnement.

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