Les êtres humains ont toujours été exposés à de la radioactivité d’origine naturelle, provenant du sol ou de l’espace. Depuis la seconde moitié du 20e siècle, le développement du nucléaire en France a ajouté la présence de radioactivité artificielle. Elle représente un tiers de l’exposition totale à la radioactivité et provient quasi uniquement des activités médicales comme la radiologie. La radioactivité due aux rejets des centrales, des accidents à l’étranger et des anciens essais nucléaires représente 0,2 % de la dose moyenne reçue en France, naturelle et artificielle.
Quelle est l’exposition des Français à la radioactivité artificielle ? Les riverains à proximité d’une centrale nucléaire sont-ils plus exposés ? Quelles sont les consignes en cas d’accident nucléaire ? Que pensent les Français du développement des centrales nucléaires ?
La place importante du nucléaire en France
La France a fait le choix de produire son électricité principalement à partir d’installations nucléaires.
Avec près d’une soixantaine de réacteurs en fonctionnement sur une vingtaine de sites, la France a le plus grand parc de réacteurs nucléaires en Europe et le deuxième dans le monde derrière les États Unis.
Au total, la France compte au total plus d’une centaine d’installations nucléaires de base dont les réacteurs, les installations de conversion et d’enrichissement d’uranium pour alimenter les réacteurs, les centres de retraitement et de stockage des déchets radioactifs, les installations de recherche et des projets de réacteur en construction.
Si les émissions radioactives des centrales sont très faibles au quotidien, il faut prévenir les accidents qui exposeraient la population.
Et en parallèle, il faut suivre de près l’application de la réglementation pour limiter l’exposition des personnels travaillant dans les installations nucléaires.
Une exposition à la radioactivité majoritairement d’origine naturelle
Un Français reçoit en moyenne une dose annuelle de 4,5 millisieverts (mSv). La dose reçue peut varier de 1 à 15 fois selon le lieu d’habitation, les habitudes alimentaires, la fréquence des déplacements en avion ou encore les expositions médicales. Pour un niveau inférieur à 100 millisieverts par an, aucun effet à long terme sur la santé n’a été démontré.
Selon le baromètre de perception des risques réalisé en 2024 par l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire , les Français interrogés considère que 55 % de la dose de radioactivité reçue est d’origine artificielle dont 33 % provient des installations nucléaires.
Mais en réalité, 66 % de la dose moyenne annuelle reçue par les Français provient de rayonnements radioactifs naturels. Cela peut provenir du gaz radon qui s’accumule dans les bâtiments dans des régions granitiques ou volcaniques, de l’irradiation provenant de l’espace et du sol, ou de la consommation d’aliments ou d’eau contenant naturellement des éléments radioactifs.
La principale source de radioactivité naturelle : le radon
Reconnu comme cancérigène certain depuis plus de trente ans, le radon constitue la première source d’exposition des populations à la radioactivité naturelle.
La radioactivité artificielle ne représente ainsi qu’un tiers de la dose totale reçue et provient quasiment exclusivement des consultations médicales avec du matériel utilisant des éléments radioactifs comme la radiographie, le scanner, l’IRM.
L’exposition due aux rejets, aux accidents nucléaires survenus à l’étranger et aux anciens essais nucléaires aériens représente 0,012 mSv par an, soit 0,2 % de la dose moyenne totale. Elle est principalement due aux retombées des essais nucléaires atmosphériques menés entre 1945 et 1980 et aux rejets radioactifs de l’accident de Tchernobyl de 1986.
Les risques à proximité d’une installation nucléaire
Les personnes habitant à proximité d’une installation nucléaire sont exposées à une très faible dose supplémentaire de radioactivité que le reste de la population.
Le risque c’est surtout en cas d’accident, qui peut provenir d’un problème grave lors de l’utilisation ou du transport de matières radioactives.
Les centrales nucléaires ont des plans d’intervention qui permettent de coordonner pompiers, police, gendarmerie, Samu pour protéger la population en cas de problème.
- Dans un rayon de 2 kilomètres, le rejet radioactif est quasi immédiat et de courte durée. Dès que l’exploitant de la centrale donne l’alarme, la population est avertie via des sirènes et un appel automatique sur téléphone. La mise à l’abri est immédiate et systématique.
- Dans un rayon de 5 kilomètres, le rejet radioactif est présent en quelques heures et pour une longue durée. Le préfet ordonne l’évacuation de l’ensemble de la population.
- Dans un rayon de 20 kilomètres, le préfet peut être amené à engager des actions de protection des populations sur des distances plus ou moins grandes en fonction de la situation. Ces distances peuvent dépasser les 20 kilomètres si besoin.
En 2016, 610 000 personnes habitent à moins de 10 km d’une centrale nucléaire de production électrique, soit moins d’un Français sur 100.
Population résidant dans les rayons des plans d’intervention des installations nucléaires en 2016
Population résidant dans les rayons PPI des installations nucléaires de base en 2016
Légende (Nombre de personnes) :
Le cercle de plus grande taille représente 112 000 personnes.
Le cercle de plus petite taille représente 8 000 personnes.
Description de la carte : La carte de la France métropolitaine utilise des cercles de couleur violette pour indiquer le nombre de personnes résidant dans le périmètre du PPI autour des installations nucléaires. La taille des cercles est proportionnelle à la population concernée.
Les concentrations de population les plus importantes dans les rayons PPI se situent notamment :
- dans l’Est de la France (région Grand Est et Bourgogne-Franche-Comté), avec plusieurs grands cercles ;
- dans le Sud-Est, en particulier dans la région Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur, où l’on observe plusieurs grands cercles et cercles de taille moyenne ;
- dans le Nord et le Centre (Normandie, Centre-Val de Loire, Ile-de-France), avec des cercles de taille variable.
Les DROM-COM (Guadeloupe, Martinique, Guyane, La Réunion, Mayotte) sont représentés séparément en bas de la carte mais ne montrent pas de cercles de population, indiquant que les données représentées se concentrent sur la France métropolitaine.
Source : Rapport sur l’état de l’environnement 2019
Quelles conséquences pour la santé des riverains ?
Les rayonnements radioactifs provoquent des effets différents sur le corps, en fonction du type de rayonnement et de la dose reçue. En cas d’accident nucléaire, deux phénomènes sont à craindre : l’irradiation et la contamination.
L’irradiation, c’est le rayonnement qui traverse la matière. La contamination est provoquée par le rejet ou la mise en suspension de particules radioactives. Elle peut être interne par l’inhalation et l’ingestion ou externe sur la peau. La réglementation française fixe à 1 millisievert par an la dose maximale admissible résultant des activités nucléaires, hors consultations médicales.
Des expositions chroniques à de faibles doses de rayonnements radioactifs peuvent augmenter à long terme le risque d’apparition de cancers. De nombreuses études sont donc menées autour des installations nucléaires.
Santé publique France a publié en 2017 une étude sur les cancers de l’adulte dans un rayon de 20 kilomètres autour de 7 centrales nucléaires entre 1995 et 2011. Elle n’a pas montré d’augmentation des cancers, à l’exception du cancer de la vessie dont l’association avec la proximité d’une centrale semble toutefois influencée par un seul site, celui de Flamanville, situé à proximité du centre de traitement des déchets de La Hague. Un déficit de certaines leucémies et lymphomes a même été observé, ainsi qu’un déficit de cancer de la thyroïde chez les femmes.
Cette étude est complémentaire d’une étude menée chez les enfants. Le développement d’indicateurs devrait permettre d’élargir l’étude menée chez les adultes à l’ensemble des 18 centrales françaises.
En 2010, Santé publique France a aussi mené une étude similaire près du centre de stockage de déchets radioactifs situé à Soulaines dans l’Aube. Elle n’a pas montré d’excès de risque à l’exception du cancer du poumon avec un excès de risque de 28 % chez les hommes résidant dans un rayon de 15 kilomètres autour du centre de stockage par rapport à ceux résidant à distance. Après avoir actualisé l’étude en 2017, Santé publique France propose de poursuivre la surveillance pour mieux comprendre l’exposition réelle des riverains du centre de stockage.
Quelles conséquences pour la santé des professionnels ?
L’institut de radioprotection et de sûreté nucléaire réalise chaque année un bilan sur les travailleurs exposés à la radioactivité. Plusieurs domaines d’activité sont concernés : les activités médicales, l’industrie nucléaire, l’industrie non nucléaire, la recherche, la défense et l’aviation civile. Le suivi de l’exposition des travailleurs est réalisé au moyen de dosimètres calculant le taux d’irradiation sur les lieux de travail.
Selon ce bilan, la quantité de travailleurs exposés et les doses moyennes perçues sont en diminution.
Parmi les 360 000 travailleurs suivis en 2023, environ un travailleur sur quatorze, soit 7,3 %, sont exposés à une dose supérieure à 1 millisievert. Ils étaient 8,3 % en 2017. Le Code du Travail fixe à 20 millisieverts par an la dose limite de radioactivité pour un travailleur. 5 travailleurs ont dépassé cette limite réglementaire en 2023 contre 322 en 2000.
La dose moyenne individuelle a aussi diminué entre 2017 et 2023, passant de 1,03 à 0,95 millisievert. À des niveaux d’exposition inférieurs à 100 millisieverts, aucun effet à long terme n’a été démontré.
Les préoccupations des français pour le nucléaire
Dans le baromètre sur la perception des risque de 2024 par l’ Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire , la moitié des Français interrogés soutient le développement des installations nucléaires et en même temps beaucoup sont inquiets.
La production de déchets radioactifs (33 %) reste le premier sujet d’inquiétude devant le risque d’accident (24 %).
73 % des personnes interrogées considèrent la fumée sortant des centrales comme dangereuse. Elle est pourtant constituée en fait de vapeur d’eau non radioactive qui provient du système de refroidissement de la centrale, qui fonctionne séparément de la partie nucléaire.
L’énergie nucléaire est toutefois la seconde source d’énergie vu positivement par les Français derrière le solaire. Elle est considérée comme la plus performante. L’argument principal en faveur de l’énergie nucléaire est l’indépendance énergétique (42 %) devant le faible coût de l’électricité (23 %).
45 % des interrogés ne considèrent pas que les personnes habitant à proximité d’une centrale soient en moins bonne santé qu’ailleurs. C’est une augmentation de 22 % par rapport à la moyenne 2007-2018.
De plus, ils considèrent de moins en moins que la radioactivité des centrales nucléaires provoque des cancers : 46 % en 2023 contre 56 % en 2020 et 64 % en moyenne sur la période 1991-2020.
Ressources
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