Les espèces exotiques envahissantes sont des animaux ou des plantes venus d’ailleurs, qui s’installent dans de nouveaux territoires, souvent au détriment de la nature locale. Aujourd’hui, elles représentent la cinquième cause de disparition de la biodiversité dans le monde, et leur propagation s’accélère à cause des échanges commerciaux, du tourisme… et du changement climatique.
C’est une menace pour près d’un tiers des espèces terrestres menacées, qui peut avoir des conséquences pour la santé et l’économie. Des espèces comme le ragondin et le vison d’Amérique peuvent être introduites volontairement, mais d’autres accidentellement, comme le frelon asiatique. Face à cette situation, la France a mis en place une réglementation et coopère au niveau international et européen pour arrêter l’expansion de ces espèces.
Une invasion rapide
En France métropolitaine, plus de 2 500 espèces introduites ont été recensées en 2023. Parmi elles, 94 sont considérées comme envahissantes, car elles nuisent aux espèces locales, à l’agriculture, à la santé ou encore à l’économie.
La France est un pays favorable à l’expansion des espèces exotique envahissantes à cause de son climat varié et de sa position de carrefour géographique. Hors outre-mer, 12 nouvelles espèces s’installent tous les dix ans depuis 1982 dans chaque département. Ce mouvement s’accélère depuis les années 2000
Nombre d’espèces introduites et envahissantes en France
Le graphique présente la répartition du nombre d’espèces introduites et envahissantes dans différents territoires, classés par ordre décroissant :
La France métropolitaine détient de loin le plus grand nombre avec 2 389 espèces. Elle est suivie par la Nouvelle-Calédonie avec 1 560 espèces.
Puis la Polynésie française avec 1 060 espèces.
Les territoires suivants ont des nombres plus faibles :
- Guadeloupe : 505 espèces
- Martinique : 431 espèces
- Guyane : 389 espèces
- Mayotte : 278 espèces
- Saint-Pierre-et-Miquelon : 273 espèces
- Îles Subantarctiques : 192 espèces
- Wallis-et-Futuna : 191 espèces
- Saint-Barthélemy : 183 espèces
- Saint-Martin : 146 espèces
- Îles Éparses : 107 espèces
- Clipperton : 39 espèces
- Terre Adélie : 0 espèce
Source : MNHN (INPN), 2021
Aujourd’hui, aucune région n’est épargnée. Les départements comme le Nord, l’Essonne, la Seine-et-Marne ou encore le Maine-et-Loire sont les plus touchés.
De nombreuses espèces colonisent les écosystèmes tels que le ragondin, qui n’a pas de prédateur en France, l’écrevisse de Louisiane, la grenouille taureau, l’ambroisie ou encore les jussies, une plante aquatique qui asphyxie les cours d’eau.
Ces espèces peuvent provoquer la diminution ou même l’extinction d’espèces locales et réduire les rendements agricoles. Cela peut aussi avoir des conséquences sur la santé humaine en provoquant des allergies, comme c’est le cas de l’ambroisie, ou en favorisant la transmission de virus et bactéries.
Certaines espèces peuvent envahir des régions très rapidement, comme le frelon asiatique qui est arrivé en 2004 en Lot-et-Garonne et occupait en 2023 tous les départements sauf en Corse et outre-mer. Il fait aujourd’hui partie des 49 espèces préoccupantes pour l’Union européenne.
Les outre-mer en première ligne
En outre-mer ce sont souvent des espaces fragiles car isolés. Leur isolement les rend uniques mais très vulnérables aux espèces exotiques envahissantes.
Près de 400 espèces y représentent une menace. Parmi les plus connues, on retrouve le rat noir, le chat domestique, le cassis, l’escargot géant d’Afrique ou encore le tulipier du Gabon.
Elles sont responsables de 53 % des extinctions d’espèces locales. 60 des 100 espèces les plus envahissantes au monde y sont déjà présentes. La Nouvelle-Calédonie, la Polynésie française et La Réunion sont les plus touchées.
Des règles pour limiter les dégâts
En 1992, les Nations unies ont adopté la Convention sur la diversité biologique, qui demande aux 193 États signataires de lutter contre les espèces exotiques. C’est aussi ce qui est demandé dans la Convention Ramsar sur les milieux humides, signée par 171 pays.
L’Union européenne agit aussi. Par exemple, le projet Life CROAA se concentre sur la lutte contre les amphibiens exotiques envahissants, comme la grenouille taureau ou le xénope lisse.
Les lois européennes sur la stratégie pour le milieu marin et sur l’eau contiennent aussi des mesures pour stopper ces espèces.
En France, la loi pour la reconquête de la biodiversité impose le contrôle, la capture et l’éradication des espèces envahissantes, ainsi que des sanctions en cas d’introduction illégale. Le code rural et de la pêche maritime règlemente les importations. Le code de la santé publique encadre le transport et la vente d’espèces exotiques. Le code de l’environnement indique les espèces nuisibles que l’on peut chasser, comme le ragondin ou le rat musqué. La Stratégie nationale pour la biodiversité 2030 vise à réduire de moitié le nombre de nouvelles espèces exotiques envahissantes établies en France.
Une mobilisation collective
La lutte contre les espèces exotiques envahissantes repose sur la vigilance de tous.
Un réseau européen partage les informations sur les espèces envahissantes. Des groupes de travail échangent sur les meilleures façons d’agir, notamment dans les milieux aquatiques. Des programmes de sciences participatives permettent à chacun de signaler une espèce envahissante observée dans la nature. En France, un réseau de surveillance a été constitué en lien avec la réglementation européenne.
Chacun peut aussi agir et participer à la lutte. Il ne faut pas relâcher d’animaux ou de plantes exotiques dans la nature, essayer d’acheter local pour éviter l’introduction d’espèces étrangères ou encore participer aux actions de signalement ou de surveillance organisées dans nos régions.
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